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Come down to the black sea swimming with me { Flashback { Aisling
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Lonán
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Lun 29 Oct - 1:04
Après des semaines passées à errer de mondes en mondes, j’avais finalement attrapé une rumeur au vol. Accoudé dans une taverne, ma longue chevelure d’encre tombant mollement en une lasse queue de cheval sur mon épaule, j’avais tendu l’oreille et pris mon mal en patience. Ayant trouvé des vêtements de marin, je jouais de façon désintéressée avec un poignard lui aussi emprunté à un inconnu qui n’avait guère eu de chance. C’est une petite heure après mon arrivée que les conversations s’étaient faites intéressantes. Je me redressai, lançant curieusement une œillade dorée suite à l’évocation d’une superstition ayant causé la mort de nombreux imprudents. Selon la rumeur, les incidents se seraient produits à l’écart de la ville, dans une forêt brumeuse que les matelots avaient appris à éviter par crainte de connaître le même sort. Tiens tiens, quelle jolie coïncidence. Je quittai les lieux d’un pas énergique, refusant toutefois de crier victoire trop rapidement. Qui sait ce qui se dissimulait dans les recoins de cette île étrange. Je m’attendais à tout, quand bien même une lueur d’optimiste désirait profondément s’illuminer en moi.

Je m’enfonçai dans la forêt après avoir serti ma tête d'un vieux tricorne ayant connu de meilleurs jours. Quelques pas plus tard, ma démarche était devenue imparfaite, affligée d’une irrégularité rigide. Mon dos était voûté, mes joues barbues et ma chevelure d’un blond sale tacheté de sel, bien plus courte également. Un peu plus petit aussi, pourquoi pas. Et si j’ajoutais un œil de verre ? Certes, il était mal de faire dans la caricature, mais je m’amusais bien. C’était toujours le cas lorsque je me créais des personnages, ajoutant à celui-ci une cicatrice sur la main gauche, probablement causé par un incident avec un hameçon. Je me demandais vaguement ce que dirait Aisling et, surtout, ce que je lui confierais. Devais-je directement m’annoncer ? Directement mettre mon cœur à nu et lui avouer que j’étais venu la trouver pour assumer les conséquences de mes actes ? Je devrais déjà savoir si elle était seule ou accompagnée. Si d’autres étaient à ses côtés, si lui était dans les parages, les choses pourraient se compliquer en un tour de main.  Je me devais de rester alerte, prêt à réagir sitôt que viendrait la menace. Si menace il y avait. Qui sait, avec la superstition des marins.

Poussant une grande expiration, je jaugeai les lieux d’un regard circulaire. Allons, ce n’était jamais rien de plus qu’une forêt lugubre où l’assassine la plus efficace que je connaisse avait potentiellement élu refuge. Il n’y avait pas là matière à l’inquiétude. Mains dans les poches, je poursuivis mon périple, me permettant de fredonner un air léger, plein d’entrain. J’avais fort probablement l’air d’un vieil homme saoul qui avait tourné au mauvais endroit et qui peinait à le réaliser. Enfin, c’était même une certitude puisque c’est précisément ce dont je désirais avoir l’air et que, pour ces jeux-là, je n’avais pas mon pareil.
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Aisling
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Mer 7 Nov - 14:00
At the moon, she only howls
When she's ready to be found.

Il ne fait pas encore nuit, mais la Brume est toute aussi dense.

Aisling n’a toujours pas fini de réaménager cette petite partie de terre qu’elle appellera pour encore des années son chez-soi, bien loin de cette grande caverne qu’était son repaire. Leur repaire, à eux et sa famille.

Quelle famille?

Oh, pauvre créature, tu te retrouves seule pour la première fois. Le glas sonne à nouveau et le coup continue de résonner dans ton esprit, dans ton corps en entier. Tu te refuses à la mort avec une passion tumultueuse. Mais de quoi as-tu si peur?

Elle sait se débrouiller seule. Elle l’a fait maintes fois. Elle est celle qui s’occupait de tous ceux qui ne savaient pas le faire. Ignorer le vide est difficile, mais faisable. Elle se contente de ceux qui viennent dans la brume, de ces filles désespérées qui tentent de se sauver des hommes horribles de ce monde, des matelots souhaitant une vengeance pure contre ceux qui leur ont fait du mal, des âmes perdues n’attendant qu’une touche de bonté avant de trépasser.

Et des autres.

De ces âmes aux sentiments si purs et si distincts. De ces hommes et ces femmes dont la détermination, la rage ou l’amour font naître cette particulière essence lumineuse ou ténébreuse en leur sein.

Ceux qui avaient fait naître cette réputation d’assassine, de nouveau, au sein de ce monde de navigateurs si friands de contes et d’histoires d’horreur. Ça avait été si facile de répandre la rumeur – comme la brume se répand en un jour pluvieux.

Et voilà qu’au sein de la brume, une nouvelle ombre rentre. Une ombre qui ne lui est pas familière – sa saveur est distincte et elle la sent grandir entre ses arbres. Elle délaisse sa cueillette de fleurs sauvages aussitôt, ses yeux opalescents se concentrant sur l’endroit où elle ressent ce soudain changement de pression.

Inspire. Expire. Ferme les yeux. Elle esquisse quelques pas de danse et disparaît dans sa brume.

Entre les ombres des arbres se trouve celle de l’homme, qu’elle habite pour un court moment avant de surgir derrière lui, lente et gracieuse. Elle garde ses distances, virevolte entre les arbres. Un sourire prend place sur ses traits; une proie facile, une pauvre proie égarée tombée entre ses griffes.

« Eh bien, qu’avons-nous là? »

Sa voix onirique parcourt la brume, tout comme son ombre entre les arbres. Les branches sifflent sous son passage et elle danse, telle la brise, toujours plus près de la silhouette de l’homme.

L’ombre d’un doigt glissant doucement sous le menton du matelot égaré, l’expiration doucereuse laissant deviner un sourire entre les lèvres de l’assassine. À nouveau disparue dans les ombres, sa voix persiste, se cache, s’insinue.

« Mon pauvre garçon, ne sais-tu pas dans quelles brumes tu as mis les pieds? »

Le souffle d’un rire entre les arbres. Du coin de l’oeil, sa silhouette se profile. Elle veut fasciner. Elle veut effrayer. Entre la brume, ses traits deviennent plus clairs et son visage s’approche du sien, son souffle contre le sien, contre cette odeur de rhum si forte.

« Sur quelle… Entité, » Ses lèvres s’évadent des siennes. « Tu es malencontreusement tombé? »

De nouveau, la brume s’éprend d’elle et elle disparaît.

« Ou peut-être le sais-tu. N’est-ce pas de la confiance que je sens entre tes ombres? Serais-tu venu chercher la Dame? »

Voyons voir quelles émotions sont les plus fortes chez cet homme. La bravoure? L’entêtement? Tant de questions demeurent sans réponse. Elle prépare ses fioles, ses plans.
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Lonán
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Mer 7 Nov - 16:21
Un pas à la fois, la brume commençait à doucement se lever, se faufilant entre les arbres et caressant le sol. Je continuai à fredonner, contenant mon sourire pour mieux exprimer ma bonne humeur en un air léger et joueur. Je n’étais plus seul. En mon sein s’éveillait une certaine impatience, mêlée à une once de honte, de remords à me présenter ainsi en ces lieux. Si je le voulais vraiment, je pouvais encore lui échapper. Quitter cette forêt, oublier la brume et me voiler la face. Perpétuer ma fuite, mon absence, mon refus d’assumer les conséquences de mes actes. Cependant, le souvenir de Zihao et de Xiulan me forçait à avancer. Ils m’avaient enseigné la valeur d’une famille, l’importance de prendre soin les uns des autres. Sans leur influence, qui sait combien de temps il aurait fallu pour que je me trouve une conscience et que je décide de me racheter pour les horreurs que j’avais autrefois commises ? Et maintenant, c’était le moment de vérité.

Je sentis un glissement derrière moi, mais ne tournai pas la tête. Jouer l’innocent était préférable, laisser le temps à cette présence de me jauger et de s’approcher de moi. Était-elle seule ? La quiétude de la forêt donnait cette impression. Atmosphère paisible, aussi douce qu’un nuage, enveloppant une voix élyséenne dissimulant des dangers macabres. Tout était en place. Le décor, les acteurs, même les costumes. Le rideau se levait, annonçant la naissance d’un acte nouveau alors que le public retenait son souffle. M’égarant dans mon rôle, je m’arrêtai sur place, regardant nerveusement autour de moi, à la recherche de la source de cette voix. Qu’avons-nous là ? Le spectre d’une ère depuis longtemps révolue, revenu te hanter dans l’espoir vain de pouvoir se racheter.

« Qui va là ?! Attention je suis armé ! »

Avait plutôt répondu le vieux matelot, s’accrochant au manche d’un poignard comme à une bouée, la voix pâteuse et rauque, étrangère à la mienne. Un doigt m’arrêta dans mes fourberies, glissement contre mon menton avec la délicatesse d’une lame qui se plante dans la chair de sa victime. Voilà qui était problématique. Remarquerait-elle que le visage qu’elle venait de toucher, contrairement à l’image qu’elle en avait, était fraîchement rasé ? Qui sait. La dame de brume était déjà repartie, s’amusant à aller et venir au rythme de la houle. Un chat qui s’amuse avec une pelote de laine, allant et venant pour ne donner qu’un coup de la patte, provoquer le mouvement de son jouet. Mon pauvre garçon, ne sais-tu pas dans quelles brumes tu as mis les pieds ? Une question très ironique, à bien y penser. Il aurait été bien plus juste de demander si elle savait seulement qui s’était réellement avancé en cette brume mystique. Mais vas-y, continue de ricaner, imprudente que tu es. Heureusement que ce n’est que moi. Certes, il serait exagéré de prétendre que je sois un homme de bonnes intentions, mais vu les circonstances je peux difficilement empirer ma contribution à ton malheur.

Fondant sur sa proie pour une énième fois, voilà que son souffle envahissait le mien. Je fermai les yeux, me laissant enivrer tel qu’elle le voulait. Quel étrange phénomène que l’attraction s’exerçant entre nous. Peu importe le nombre de masques que nous portions, il ne suffisait que d’un instant en la compagnie l’un de l’autre pour que nos corps se frôlent, entrelacés dans la promesse d’un baiser ou d’une dague. Puis, continuant sa danse solitaire, voilà qu’elle repartait sans rien m’offrir. Ni douleur, ni délivrance. Soit, il me faudrait faire preuve de patience, aussi fatiguant que ce soit. Pour l’heure, mon regard d’or s’était rouvert, calme et serein, admirant la brume telle une œuvre d’art. Cette irrégularité dans l’allure et dans le comportement du matelot devait l’avoir alarmée ou, au minimum, l’avoir éveillée à d’autres possibilités. Serais-tu venu chercher la Dame ?

« Avec toute cette fumée, je ne sais si j’ai cogné à la bonne porte. Peut-être devriez-vous ouvrir une fenêtre ? »

Oh, Lonán, incapable de résister à l’appel d’une bonne blague. Valait mieux me rattraper au plus vite, sans quoi je pourrais faire les frais de mon insolence. Mais là encore, serait-ce véritablement regrettable ?

« Si vous laissez tomber votre masque de brume, je promets de vous laisser voir par-delà le mien également. Qu’en dites vous ? »
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Aisling
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Jeu 8 Nov - 21:58
Je suis armé, dit-il. Cette dague pathétique qu’il tient entre ses mains ne sera rien contre les siennes, ne sera rien contre le poison qu’elle pourrait lui faire avaler à tout moment sans même qu’il ne le remarque, sans même qu’il ne sente quoi que ce soit. Elle voit la panique dans ses yeux tout comme elle voit un entêtement profond. Elle continue dans ses machinations, continue de danser autour de lui, entre les arbres. Elle laisse ses doigts glisser contre leur tronc, flirter contre la dague que l’homme tient, son index se promenant d’un mouvement gracieux vers sa cime avant de disparaître de nouveau.

Puis, vient la voix. Cette voix différente de celle du marin; une voix plus élégante, plus éloquente. Elle se fige sur place alors que son sang se glace.

Non. Ça ne pouvait être vrai. Ça ne pouvait être lui – elle aurait reconnu son ombre, elle l’aurait reconnu. Mais pourtant, cette voix. Cette voix seule envoie en son corps en entier une vague de frissons stoppant son cœur et ses pas.

Elle le croyait mort.

Elle croyait qu’il était parti.

Pourquoi ne le reconnaissait-elle pas?

Était-ce réellement lui? Comment était-ce possible?

Une illusion. Oui, mais même ses meilleures illusions ne cachaient jamais ses ombres, leur goût, leur portée. L’aurait-elle à ce point oublié? Impossible.

En d’autres circonstances, ce commentaire lui aurait valu une dague au cou, son corps sur un arbre, une fureur volcanique. Pas maintenant, au moment où son corps semble tanguer sous des émotions vives, brûlantes, autres. Encore cachée dans la brume, l’arrêt de sa danse peut passer inaperçu, et là, son corps gracile dissimulé par un grand tronc d’arbre, elle le regarde, mais ne le voit pas. Il propose de laisser tomber l’illusion si elle-même laisse tomber sa brume.

Une proposition risquée. Une qu’elle ne pouvait accepter dans d’autres circonstances. Se mettre ainsi à nu ne pouvait que lui nuire.

Alors pourquoi se sent-elle sortir de sa cachette, pourquoi sent-elle ses pas la guider outre sa volonté?

Entre les brumes, sa silhouette se distingue, marche vers l’homme. Trois pas. Elle garde sa tête baissée, ses yeux scrutant le matelot attentivement sous le capuchon dissimulant ses propres traits. Ce n’est plus le temps de jouer; elle n’est plus un prédateur et lui n’est plus une proie.

Pour la première fois depuis des années, elle a peur. Réellement peur. C’est une peur sinueuse et venimeuse qui s’éprend de son cœur et la paralyse sur place. Ce n’est pas comme la peur constante de la mort qui l’habite, ni comme l’appréhension des longues nuits où elle croirait entendre ses frères, ses sœurs, ses enfantss’insinuer entre les ombres de sa demeure, une dague à la main, une lame à son cou.

Mais elle doit se méfier. Si tout cela n’est qu’illusion, comment peut-elle avoir la certitude que c’est bien lui, que tout n’est pas une supercherie? Rien ne lui rappelle en ses ombres ce qu’il était autrefois. Rien ne lui rappelle quiconque dont la route elle aurait déjà croisé. C’est si cruel.

« Me voici. »

Sa voix n’est qu’un murmure alors qu'elle traverse sa brume pour le rejoindre. Son torse se gonfle sous son inspiration, et son souffle s’extrait de ses narines alors qu’elle lève la tête, doucement, son regard opalescent cherchant le sien.

Me voici, et maintenant, laissons tomber nos masques. Pour le meilleur.

Et pour le pire.
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Lonán
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Jeu 8 Nov - 23:13
Voilà que, dans ma bonté et ma grâce infinie, je lui offrais un premier indice. Ma voix s’était élevée sans artifices, sans fourberie, si ce n’est des mots qu’elle prononçait. Une proposition audacieuse, sans doute risquée pour n’importe quel autre inconscient. Ceci dit, j’avais toujours eu un certain talent pour me démarquer de la masse de gens lambdas et sans conséquence. Jouer avec le feu était devenu une passion aussi brûlante que l’appréhension de cet instant. Le silence était tombé dans la clairière, présage d’hésitation, de crainte. Je ne pouvais qu’attendre, maître de la situation et pourtant privé de mes moyens. Avec cette surprise, j’avais pris l’ascendant sur elle. J’aurais pu en profiter, m’imposer, mener les échanges à venir en ma faveur peut-être. Mais ce pouvoir, je l’abandonnais volontiers pour mieux accepter d’être la victime du déroulement naturel des choses. Pour être son égal, tel que je l’avais longuement souhaité. Son partenaire en cette expérience inédite et terrifiante.

Le silence devenait source d’une intimité fragile. Une poussée trop brusque et tout pourrait se fracasser tel le verre qui s’écrase au sol. En mon abdomen, mon cœur battait la chamade, son rythme s’intensifiant avec chacun des pas de la dame de brume, quittant les ombres pour s’offrir à mon regard. Elle reste à l’abri de sa capuche, timide peut-être. Intimidée par ce moment de vulnérabilité. Pour ma part, je demeure immobile, craignant de la brusquer, de la faire fuir. De la faire changer d’idée et tourner les talons. Déglutissant, je maudissais mes mains soudainement moites et ne me reconnaissait pas cette nervosité naissante. Puis, terminant le premier pas, la belle s’annonçait. Elle s’abandonnait à mon bon jugement. À mon tour de me jeter à l’eau, de la rejoindre en ces retrouvailles aussi effrayantes qu’enivrantes.

Soudainement pris de modestie, j’attrapai le tricorne qui, dans l’instant, me faisait l’impression d’un accessoire superflu. Je n’étais pas un matelot, je n’étais même pas un illusionniste. Simplement un homme qui venait de retrouver l’être le plus cher à ses yeux. Laissant le couvre-chef s’abîmer au sol, il était à mon tour de prendre une grande inspiration avant de m’avancer vers ce mirage. Avec chaque pas, mon masque s’effritait. De longs cheveux ténébreux dégringolaient sur mon épaule et mon regard doré s’affinait. Ma prestance princière me revenait, suffisant de justesse à camoufler cette sournoise impression de vulnérabilité. Mis à nu, je la laissais redécouvrir ma stature, le teint de ma peau, la tendre douceur de mon regard caramel.

Plus grand que la belle, il m’était impossible de découvrir ses traits, dissimulés sous sa capuche. Pas sous cet angle. Doucement, je laissai mes doigts s’approcher du tissu, s’y glisser avec précaution. M’armant de toute la bienveillance dont j’étais capable, je tirai la capuche vers l’arrière, dévoilant lentement une chevelure lumineuse. Par maladresse, ou par affection peut-être, l’un de mes pouces effleura sa joue avant d’aller se perdre en ses mèches d’ivoire. Désolés et pourtant emplis d’affection, mes iris d’or parcouraient ses traits, découvraient cet être profondément marqué par la douleur des événements passés. Comme elle avait changé, défigurée par la perte de son monde. M’étais-je trompé ? Avais-je réellement retrouvé Aisling ? Si tel était le cas, il n’en restait plus qu’une ombre, un souvenir craquelé et abîmé. Si j’avais réussi à me convaincre de son besoin de vengeance, de réparation, je n’en étais plus aussi certain. Dans cet état, peut-être ce dont la belle avait le plus besoin était simplement d’être aimée telle qu’elle était devenue, parsemée de cicatrices atypiques, incomplète. Que devais-je faire ? Quelle était la marche à suivre en pareille situation ? Avais-je seulement le droit de prétendre être celui qui pourrait lui apporter réconfort et sérénité ? Était-il pour moi un crime de désirer effleurer sa joue de nouveau et me perdre en ce regard opalescent ?

« Tá brón orm, cuisle mo chroidhe. »


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Aisling
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Jeu 6 Déc - 23:03
L’homme grandit devant ses yeux alors qu’il traverse la clairière pour venir à sa rencontre. Pas même la brume la plus dense n’aurait pu dérober aux yeux de la Dame les traits qui prenaient forme dans son regard opalescent. Les cheveux châtains du marin prennent le ton terreux du sol alors que sa barbe disparaît. Ses yeux retrouvent le doré d’un soleil depuis longtemps révolu et elle croit lire dans son regard des années de mélancolie et une appréhension que jamais elle n’avait entrevue sur ses traits.

Doucement, si doucement, ses mains effleurent sa capuche. Comme de peur de montrer sa nouvelle identité, Aisling baisse les yeux.

Révélée, vulnérable. Sa peau laiteuse brille contre la lueur de la Lune entre les branches de la forêt; ses cornes d’ébène et ses cheveux d’ivoire s’exposent. La voilà. Aisling, celle qui est devenue Noire, celle qui est devenue ce que tous à Solaistír craignaient : un monstre.

Un Monstre des Ténèbres, ornés des cornes d’un démon, de cheveux lunaires et d’yeux maléfiques. Elle est un Être entre la Lumière de la Lune et du Soleil; un être des forêts denses, des ombres sinueuses. Un contraste profond entre ses cheveux à la teinte incendiaire, de ses joues rougies par le soleil, de ses yeux bleu-vert.

Et elle mal. Si mal de se révéler ainsi.

« Lonán… »

Sa voix se brise au moment même où la dernière syllabe est prononcée. Une plainte, une danse acrimonieuse entre un sanglot et un hurlement. La Dame de Brume s’effondre à ses pieds, ses mains qu’elle tenait entre les siennes contre son front. Le brouillard forme un cercle entre eux, perturbé par le mouvement saccadé de sa chute. Elle serpente entre leurs deux âmes, entre chaque petite branche tombée.

Je suis désolé, mon amour, avait-il dit, et elle sent son âme se déchirer.

« Oh, Lonán… »

Fragments de corridors éclairés de torches éparses et d’ombres s’étirant. Ses yeux de miel contre un des nombreux livres des anciennes librairies. Un sourire; narquois pour sa part, sincère et maternel de la sienne. Elle ne revoit plus l’étincelle de malice qui animait jadis son regard, entre les corridors dorés où les Danseurs des Ombres avait élu domicile.

Mais c’était lui. C’était bien lui qui se tenait devant ses yeux, même si son ombre n’avait pas la même texture dans son esprit, même si son regard avait changé, même s’il semblait avoir vieilli. C’était lui. Son Lonán. Son petit oiseau noir.

« Dínit an Ghealach, c’est réellement toi. »

Elle relève son regard sur lui, ses mains toujours entre les siennes. Elle ne sait par quel enchantement elle trouve la force de se relever et d’une main l’enlacer au plus fort que sa force lui permet. Les yeux grands ouverts contre la forêt pleine de sa brume, c’est pourtant le soleil de Solaistír qu’elle revoit, c’est pourtant l’odeur des fleurs et des vergers qu’elle sent. Son odeur. De douces réminiscences. Ses paupières se ferment et se serrent alors que les larmes perlent ses joues, coulent entre ses lèvres tremblantes.

« Chaill mé an oiread sin duit. »

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